Ohad Naharin n’a pas été vu à la programmation du Grand Théâtre de Genève en tant que chorégraphe depuis 1996. Ses fréquentes collaborations avec le Ballet de Genève ont commencé en 1989 avec Tabula Rasa, sur la pièce homonyme d’Arvo Pärt. Ont suivi des créations prestigieuses pour la compagnie genevoise, dont Axioma 7 (1991) et Perpetuum (1992). Prestigieuses car c’est à cette époque aussi qu’Ohad Naharin prenait la direction artistique de la compagnie de danse israélienne Batsheva où il avait été formé comme danseur, sous l’égide de sa co-fondatrice, l’Étasunienne Martha Graham qui l’établit en 1964 comme avant-garde de la danse contemporaine en Israël, la compagnie tenant son nom de sa mécène la baronne Bethsabée de Rothschild. Batsheva est désormais au premier rang des phalanges culturelles d’Israël, son directeur artistique ayant invité des artistes tels que Mats Ek, Angelin Preljocaj et William Forsythe pour signer des pièces qui seraient interprétées sur les plus importantes scènes de danse du monde. Mais jamais encore au Grand Théâtre de Genève. Cette saison, nous avons donc le plaisir d’accueillir enfin la compagnie de ballet Batsheva avec la reprise en tournée de Hora, et l’une des pièces phares de leur répertoire. Le titre de l’œuvre est l’un des clins d’œil énigmatiques que Naharin affectionne. Pour cet enfant du kibboutz, la danse folklorique du même nom venue d’Europe centrale était souvent le seul divertissement. Mais le jeu de mots avec l’unité de mesure du temps y est patent. Chaque danseur exécute sa série de mouvements en même temps et indépendamment des autres. De courtes séquences de mouvements apportent des énergies turbulentes et chaotiques à l’ensemble, mais en une fraction de seconde magique, toutes les pièces tombent dans des alignements prédéfinis et un calme harmonieux remplit la scène – bientôt déconstruite. Naharin orchestre la danse avec un flair symphonique et limite l’individualité de ses danseurs à des sommets artistiques parfaitement maîtrisés. Cette œuvre abstraite s’exprime avec force en vert citron et en noir, dans un cadre minimaliste qui attire l’attention sur la force, la précision et l’articulation des onze danseurs. Elle déborde d’humour subtil et décalé, avec une partition sonore des maîtres arrangeurs Isao Tomita et Ryoji Ikeda, faite d’une série d’adaptations surprenantes de tubes plus ou moins classiques.

Auteurs / Distribution :

Chorégraphie Ohad Naharin

Scénographie et lumières Avi Yona Bueno (Bambi)

Costumes Eri Nakamura

Musique Arrangée par Isao Tomita sauf Data Matrix de Ryoji Ikeda

Direction musicale Yannis Pouspourikas

Batsheva Dance Company

Création en 2009 à Jérusalem

Coproduit par Montpellier Danse 2010 et le Lincoln Center Festival, New York